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La formule de la réussite : R = E × S

Avez-vous déjà vu cette formule quelque part?

Il y a fort à parier que ce soit sur une affiche dans la classe de votre enfant puisque les enseignants s’y réfèrent le plus souvent possible pour parler de réussite avec leurs élèves.

Que signifie donc cette formule?

Ce savant calcul mathématique indique que la réussite (R) est tributaire des efforts (E) déployés par l’élève et des stratégies (S) employées. Entre ces deux dernières composantes, on retrouve le sigle très important de la multiplication parce que s’il n’y a pas d’efforts, alors la réussite ne sera pas possible. Autrement dit, faire zéro fois quelque chose donnera nécessairement zéro résultat! Et même si on inverse la formule, si un élève fournit beaucoup d’efforts, mais qu’il n’utilise aucune stratégie, on se retrouvera quand même avec la solution zéro en terme de réussite. Donc, les stratégies sans les efforts ou, à l’inverse, les efforts sans les stratégies appropriées ne donnent aucun résultat tangible au niveau de la réussite; l’un ne va pas sans l’autre.

Il est recommandé de discuter avec votre enfant de ce que signifie faire un effort. Faire l’effort, c’est agir ou faire ce qui est demandé, même si ça nous déplaît. Lorsque tout va bien, on aura très peu d’efforts à fournir. Toutefois, lorsque l’idée d’abandonner survient et que l’on persiste, cela exige nécessairement que l’on fasse les efforts nécessaires pour enfin réussir. Le mot nécessaire est important puisque la quantité d’efforts à fournir varie pour chaque enfant et selon chaque matière. Par exemple, Pierre et Charles n’auront pas à mettre les mêmes efforts pour comprendre une notion de mathématiques et cette quantité d’efforts ne sera pas la même non plus en français.

On entend parfois « cet enfant a beaucoup de potentiel »! Que dire du potentiel de l’élève… il s’agit d’un point de départ et non pas d’un point d’arrivée. Pour actualiser ce potentiel, il y a des efforts à déployer. Nous sommes tentés de croire que les élèves doués, ou qui ont de la facilité, fournissent peu d’efforts pour réussir car cela leur semble si facile. Pourtant, il a été démontré que ce qui caractérise ces personnes, ce sont l’effort, l’efficacité et l’autodétermination. Après tout, Edison a quand même fait brûler 10 000 ampoules avant que son expérience fonctionne! Quant à Beethoven, son père le réveillait la nuit pour qu’il se pratique! Pour réussir, il faut fournir des efforts!

D’autre part, en plus des efforts, l’élève devra développer de bonnes stratégies, c’est à dire s’y prendre de la bonne façon pour mener à terme une tâche ou encore pour résoudre un problème. Les enseignants travaillent plusieurs stratégies avec les enfants afin de leur fournir les outils nécessaires à leur réussite.

Il peut s’avérer intéressant d’afficher la formule R = E ×S et de l’utiliser avec votre enfant lorsqu’il revient à la maison avec un travail ou un examen réussi. Toujours s’y référer dans un contexte de réussite afin de lui faire remarquer que c’est grâce à ses efforts qu’il a réussi ou encore de discuter avec lui des stratégies qu’il a utilisées. L’idée est qu’il comprenne que s’il a performé, c’est parce qu’il y a mis les efforts nécessaires pour comprendre la matière tout en appliquant des stratégies gagnantes.

Pour un enfant qui réussit aisément, il n’est pas rare d’entendre des propos tels que « il est très intelligent »!

Il y a deux façons de concevoir l’intelligence. La première est la conception statique où l’élève croit que l’intelligence ne se change pas, que c’est quelque chose qui est fixe et non modifiable. Par exemple, un élève peut penser qu’il est intelligent en mathématiques parce que c’est un talent, c’est inné.

L’autre façon de concevoir l’intelligence, c’est de penser que l’intelligence est dynamique, c’est-à-dire modifiable. Comment? En déployant des stratégies et des efforts.

Il est important que l’élève développe une conception dynamique de son intelligence. Pour ce faire, nous devons faire attention au langage que l’on utilise pour parler de la réussite d’un élève : « Tu as un don, comme ton père! », « Tu as beaucoup de talent! », etc. Utiliser de telles affirmations développe chez l’élève une conception statique de son intelligence et, au moment où il rencontrera l’échec, il se dira qu’il n’est plus bon, plus capable, comme s’il avait atteint sa limite! Alors que s’il a développé une conception dynamique de son intelligence, il se questionnera à savoir s’il a utilisé les bonnes stratégies ou encore s’il a fourni les efforts nécessaires pour réussir. Il pourra ainsi s’ajuster et poursuivre en croyant qu’il peut réussir.

En résumé, le langage utilisé avec l’enfant doit lui permettre de prendre conscience qu’il peut toujours réussir, à la condition qu’il utilise de bonnes stratégies tout en fournissant les efforts nécessaires.

Marie-Josée Dupont,

Conseillère pédagogique en mathématiques, sciences et technologies

Tiré des travaux de :

  • Steve Bissonnette, Ph. D. professeur à
    l'Unité d'enseignement et de recherche en éducation à la TÉLUQ ;
  • Albert Bandura, O. C. psychologue
    canadien et professeur émérite de psychologie à l'Université Stanford;
  • Carol S. Dweck, professeure de psychologie
    sociale à l'Université Stanford;
  • Thérèse Bouffard, professeure au
    Département de psychologie de l'Université du Québec à Montréal (UQAM).


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