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Comment aider à l’acquisition de nouvelles conduites

En tant que parents, il n’est pas toujours évident d’intervenir auprès de son enfant ayant des comportements problématiques, voire d’opposition. Souvent, les parents se demandent s’ils doivent ou non intervenir. Voici quelques pistes d’intervention pouvant aider à diminuer certains de ces comportements et faire apparaître ceux souhaités.

Nourrir l’argumentation

Dans les moments agréables, vous pouvez discuter et nourrir les réflexions de votre enfant.  Cependant, dès que vous devez affirmer votre autorité parentale et que votre enfant s’oppose en argumentant, l’économie de mots est vitale! Vous devez développer le réflexe de restreindre la discussion à l’objet du conflit lorsqu’il s’oppose, car il est expert pour vous amener sur son terrain préféré… l’argumentation.

Trop féliciter

Féliciter a parfois pour effet, chez un enfant opposant, d’engendrer un comportement opposant ou une mauvaise attitude dans les minutes ou les heures qui suivent les félicitations, surtout si elles sont faites devant les autres. En acceptant les félicitations, le jeune se sent ensuite « obligé » de bien se comporter et il n’aime pas cela. Il est donc préférable :

  • De souligner un bon comportement, mais jamais au moment où cela se passe;
  • De le féliciter brièvement, en ne le regardant pas dans les yeux (moins confrontant), tout en faisant autre chose ou en enchainant sur un autre sujet.

Vous constaterez que votre enfant aura tendance à réagir plus positivement à ce type d’intervention, car il aura moins l’impression de devenir conciliant. Graduellement, votre enfant constatera qu’il n’obtient pas votre attention pour ses comportements opposants, mais plutôt pour ses comportements positifs.

Lui accorder de l’attention lorsqu’il est tranquille et qu’il adopte un comportement agréable

Quand l’enfant est de bonne humeur et sagement assis devant la télévision ou son ordinateur, c’est le moment de lui accorder de l’attention positive. Mine de rien, intéressez-vous à son émission ou à son jeu vidéo. Surtout, évitez les phrases du style : « Si tu étais toujours tranquille comme maintenant, cela irait tellement mieux dans la maison! ». Prenez l’habitude de lui donner de l'attention positive (caresse, clin d'œil) quand il est calme ou aimable.

Il veut tout décider… que faire? 

Assurément chez les plus petits, bien qu’aussi vrai chez les plus vieux, demander à l’enfant de choisir trop de choses favorise en outre l’opposition, mais risque également d’engendrer de l’anxiété. Consulter son enfant… oui, mais rappelez-vous qui est le parent. Il y a des limites et des balises à considérer. C’est donc à vous de prendre la charge de décider, entre autres, qu’il soit vêtu convenablement selon la température prévue pour la journée, qu’il mange non seulement en fonction des aliments santé, mais aussi en fonction de votre budget et des menus de la semaine, etc.

De plus, c’est en prenant ce type de décisions que vous assumerez votre rôle de parent, tout en vous responsabilisant à agir en tant qu’adulte consciencieux face à votre enfant. C’est ainsi qu’il saura vous faire confiance et respecter votre autorité parentale. Affirmez-vous! Dites plus souvent : « je veux », « je pense », « j’ai décidé », « je ne te permets pas » plutôt que « j’aimerais », « voudrais-tu? »… Cessez d’avoir peur de frustrer votre enfant ou de perdre son amour. Ne cédez surtout pas devant les menaces, les exigences, la colère, le chantage et la manipulation. 

Interventions qui peuvent aider 

  • Si votre enfant argumente, s’oppose ou refuse la perte d’un privilège ou l’accomplissement d’une tâche que vous lui demandez, affirmez calmement « C'est mon rôle de parent de faire ou de dire ceci »;
  • S’il tente de négocier votre demande, offrez-lui deux choix (égaux) qui VOUS conviennent (ex. : « Tu veux nettoyer ta chambre ou passer l’aspirateur? »);
  • S’il y a opposition face à un choix (ex. : quel vêtement porter), répéter tel un disque rayé  « Tu veux porter le gilet bleu ou ce gilet noir? », « Tu veux porter le gilet bleu ou ce gilet noir? »,  etc. N’ajoutez et n’acceptez en aucun cas tout autre choix ou marchandage;
  • N’entrez jamais dans la discussion si votre jeune hausse le ton. Ne vous laissez pas prendre au piège par cette stratégie visant à vous faire perdre votre patience et vos moyens. Alors, BAISSEZ LE TON et, s’il le faut, faites le « disque rayé » tout en gardant le ton bas;
  • Voyez jusqu’à combien de fois vous pourrez vous rendre (5… 10 fois?). Amusez-vous! Il y a fort à parier que, de cette façon, vous demeurez en contrôle tout en ayant le corps détendu. Un certain fou rire pourrait même s’emparer de vous en constatant que votre enfant est en train de découvrir un adversaire de taille; un parent constant, cohérent et capable d’assumer son rôle de parent! Vous lui montrerez ainsi l’exemple en lui faisant la démonstration qu’il n’est pas nécessaire de se fâcher et d’argumenter pour obtenir quelque chose;
  • Lors d’une transition, par exemple quand vient l’heure de dormir ou de partir à l'école, usez de dépersonnalisation. Pour ce faire, dites « Il est l’heure » tout en montrant l’heure ou encore,  « C’est la règle » tout en montrant la règle écrite préalablement. Refaire le « disque rayé » si l’opposition ou l’argumentation continue;
  • Se responsabiliser et responsabiliser l’enfant s’il enfreint une règle (ex. : « Puisque c’est aussi mon rôle de parent de veiller à ce que tu appliques les consignes et que tu n’as pas respecté ma demande, je suis dans l’obligation de t’enlever ton privilège »;
  • Optez pour l’ignorance intentionnelle. Il faut parfois ignorer un comportement et tenter d’attirer l'attention sur une autre chose;
  • Choisissez vos mots et évitez des accusations du style : « Je ne veux pas te parler car tu es méchant avec moi ». Dites plutôt : « Ton comportement ou les paroles que tu viens de me dire sont inacceptables »;
  • Par moment de stress, lorsque vous prenez sur vous-même en vous calmant et en usant de technique de respiration, montrez l’exemple à votre enfant en vous parlant à voix haute (pour qu’il vous entende), « Je suis calme », « Je respire », etc. Vous lui enseignerez ainsi une manière efficace de gérer ses émotions. Vous pouvez faire la même lors de résolution de conflits ;
  • Formulez vos attentes sans excès émotionnel (ex. : « Tes paroles sont inacceptables. Je vais donc te demander de prendre quelques minutes pour te calmer et je ferai de même. Ensuite, nous reprendrons la discussion et tu seras alors en mesure de t’excuser gentiment »);
  • Quittez subtilement la pièce ou changez de sujet si la situation devient trop tendue. Cela peut être très efficace. Ainsi, l’enfant fera l'association qu'il n'obtient pas d'attention en argumentant ou en s'opposant;
  • Évitez les « phrases éteignoirs », du style « Tu vois, si tu faisais toujours immédiatement ce que je te demande, cela irait bien mieux dans la maison! » lorsque l’enfant agit correctement.


En résumé

Comportements qui diminuent la lutte de pouvoir

  1. Directive simple, choix entre deux solutions/options qui vous convient.
  2. Conséquence déterminée à l’avance.
  3. Avoir des attentes claires et nommées à l’avance.
  4. Écoute active.
  5. Consigne brève et directe.
  6. Discussion en privé.
  7. Utilisation de la technique du « disque rayé ».
  8. Application des règles convenues.


Comportements qui augmentent la lutte de pouvoir

  1. Répondre rapidement ou impulsivement.
  2. Essayer de convaincre.
  3. Menacer.
  4. Augmenter les conséquences.
  5. Interagir en présence d’un public.
  6. Demeurer dans l’interaction trop longtemps.
  7. Répondre avec trop d’émotion (colère, sarcasme, chantage).
  8. Rabaisser.
  9. L’escalade, l’humiliation et l’argumentation.


Stratégies d’intervention 

  1. Utiliser une minuterie.
  2. Utiliser la technique du 1-2-3 (l’enfant opposant aime choisir s’il va se rendre à 1, 2 ou 3).
  3. Le non-choix « Tu le fais en premier ou en deuxième? ». Toujours mentionner la conséquence au cas où ça ne serait pas fait.
  4. Lors de discussions ou de l’utilisation d’un système d’émulation, toujours mettre les comportements souhaités. Inscrire les comportements positivement (ex. : marcher calmement, parler doucement, dire des mots gentils, jouer gentiment avec les amis, etc.).
  5. Donner un délai pour lui permettre de répondre à la demande.
  6. Donner une consigne à la fois d’une voix ferme et neutre.
  7. Prévoir des conséquences connues.
  8. Utiliser la technique du « disque rayé ».
  9. Faire preuve d’humour. Prévoir de la diversion (ex. : le surprendre).
  10. Dépersonnaliser l’intervention.
  11. Prévoir du renforcement positif.
  12. Lui faire vivre du succès.
  13. Établir nos limites personnelles.
  14. Être constant et clair dans nos attentes et dans l’application des règles.
  15. Diminuer la compétition et augmenter la coopération.
  16. Développer des habiletés sociales.
  17. Prévoir un espace de retrait lorsqu’il y a de la tension.


Sources :

  • Il n’était pas comme les autres. Livre écrit par Camil Sansfaçon.
  • L’intervention de base employée auprès d’un enfant qui a tendance à s’opposer. Documentation écrite par Geneviève Paquette, M.Ps.
  • Les TOP. Documentation écrite par Dr. Frédéric Kochman.
  • L’intervention auprès des enfants opposants. Documentation écrite par Richard Chagnon, Ps. Ed.

Carole Marleau,
Psychologue

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